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Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

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 Carnet de Bord : Le Cambodge après l'effroi

Peu de pays ont une Histoire récente aussi choquante que celle du Cambodge. Il n'y a qu'une trentaine d'années, le Cambodge sombrait dans le chaos le plus profond. Les Khmers Rouges arrivaient au pouvoir.

Aujourd'hui, le pays est toujours en reconstruction. Affaibli, anarchique, peu organisé, le Cambodge n'est pas un endroit facile à voyager.
Mis à part les splendides temples d'Angkor, l'intérêt de visiter le Cambodge réside principalement dans sa population. Les cambodgiens, de manière générale, semblent avoir cette insouciance qui leur permet d'apprécier les bonheurs simples de la vie. Le sourire systématique, perdu en Thaïlande, réapparaît ici spontanément.

Cependant, le Cambodge est également loin d'être un paradis sur Terre. La corruption mine le ventre du pays. Des investisseurs peu scrupuleux viennent piller les ressources du Cambodge et, comme souvent, les faiblesses sont exploitées.

Dans tous les cas, un passage au Cambodge ne laisse pas indifférent.


Trois périodes de l'Histoire du pays

-Angkor
Angkor a été le centre de l'Empire Khmer, entre le IXème siècle et le XIVème siècle. L'empire Khmer s'étendait sur une très grande partie de l'Asie du Sud-Est à cette époque.

Les vestiges qui restent aujourd'hui sont impressionnants. Certains temples, comme celui du Bayon, permettent de comprendre la splendeur d'Angkor à cette époque.

Le temple du Bayon à Angkor

D'autres sont recouverts par la végétation tropicale. Les arbres fromagers poussent au milieu des ruines et semblent en faire partie.

Les arbres fromagers envahissent le temple de Ta Phrom à Angkor

Devant un autre fromager sur une des ruines du Ta Phrom


 

-Colonisation française
Le Cambodge a fait partie de « l'Indochine française », au même titre que le Vietnam et le Laos. La France a colonisé cette partie du monde (entre autres) de 1887 jusqu'en 1953. Inévitablement, il y a encore quelques restes de cette occupation aujourd'hui.

La baguette, par exemple, est omniprésente au Cambodge.

Avec cette baguette, le cambodgien a inventé son propre casse-croûte, soit le « sandwich Khmer ». On y met de la salade, une sorte de pâté, quelques épices...

Dans une rue de Battambang, je rencontre un vendeur de « sandwich Khmer »

Dans le commerce, il est facile de noter l'origine de certains produits. Du vin de Bordeaux, de la « Vache qui rit », du pâté.

Même les cigarettes « Alain Delon », provenant expressément de Paris (c'est marqué sur le paquet) sont disponibles

De nombreux bâtiments rappellent une architecture française avec leurs grands balcons. Les trottoirs de Phnom Penh sont aussi vastes que certaines chaussées de l'hexagone. Le café (ici robusta) est dégusté en terrasse.
 

-Khmers Rouges
En 1975, le régime des Khmers Rouges est arrivé au pouvoir. Jusqu'en 1979, ce parti a dirigé le Cambodge, mené par le malheureusement célèbre Pol Pot. L'idée était de rétablir une égalité totale, de nettoyer le pays des restes coloniaux, enfin, de repartir sur de nouvelles bases sur le sens le plus strict du terme « communisme ».

En réalité, c'est un véritable génocide qui fût mis à l'oeuvre. Presque deux millions de cambodgiens périrent durant cette période. La plupart étaient les plus éduqués, pour ne pas courir le risque d'une opposition réfléchie contre le régime.

Le musée du génocide de Tuol Sleng (qui était une ancienne école) à Phnom Penh permet de découvrir dans quel état étaient gardés et torturés les prisonniers (qui avaient commis pour crime de ne pas adhérer à la politique des Khmers Rouges).

Quelques geôles de Tuol Sleng

Une salle de classe, reconvertie en salle de torture

Cette partie de l'Histoire du Cambodge est très importante, car les conséquences sont encore très visibles aujourd'hui. Outre le fait que les terres du Cambodge soient encore minées (il est estimé qu'il reste, trente ans après, entre 4 et 6 millions de mines au Cambodge), les conditions pour reconstruire le pays sont difficiles à réunir...
 

Reconstruire lentement

Les Khmers Rouges ont focalisé leurs crimes sur les personnes les plus éduquées. Comme ils souhaitaient un retour à la « terre », un bon cambodgien signifiait pour eux un paysan. Les professeurs, les ingénieurs et les personnes ayant eu une éducation un peu plus poussée étaient sacrifiés dans « l'intérêt du pays ».

Après un tel carnage, il fût logiquement difficile de trouver des personnes ayant les connaissances nécessaires pour pourvoir certains postes-clefs. Cela prend et prendra encore du temps.

Depuis ces sombres années, c'est un peu la débrouille qui anime la jeunesse Khmer, avec ses avantages et ses inconvénients.

Une jeunesse éveillée
« Hello ! », « What's your name ?», « Comment ça va ? »

Marcher le long des routes cambodgiennes suscite certainement son lot de réactions. Les plus jeunes n'en loupent pas une miette et s'expriment de manières diverses pour attirer mon attention... Et partir ensuite en riant.

Rafraîchissant.

J'aime ces rires et je pense qu'ils ne traduisent qu'un amusement pur et simple face à une chose peut-être peu commune. Cette génération aura sûrement besoin de beaucoup d'humour pour supporter ce présent compliqué.

Des petits Khmers (de l'organisation « Hope of Children » près de Battambang)

Des sourires, j'en ai vu beaucoup au Cambodge. Les Khmers, en général, accordent beaucoup d'importance aux rencontres et semblent avoir un désir d'apprendre. Leur niveau en langues étrangères est bien meilleur qu'en Thaïlande ou au Vietnam. Les interactions sont conséquemment plus faciles. Globalement, le cambodgien est souriant, ouvert et social.

Le royaume de la débrouille
A première vue, le Cambodge peut sembler anarchique, et il l'est. Que ce soit le trafic routier, les constructions, l'administration ou encore la politique.

Le trafic peut être anarchique, comme ici à Phnom Penh

Dans les villes, la nuit, tout est sombre. Il n'y a pas de lampadaire. Quel contraste avec la Thaïlande et ses enseignes aux néons fluos !

Plus loin, une station-essence improvisée, où l'essence est vendue dans des bouteilles de plastiques recyclées pour l'occasion.

Une station-essence cambodgienne

L'essence est d'ailleurs étrangement chère. A 1,25 dollars US le litre, comment pouvoir supporter ces prix, sachant que les salaires ne dépassent que très rarement les 100 dollars mensuels dans les campagnes ?

La débrouille, uniquement la débrouille. Par exemple, les usines de construction automobile semblent n'être que des petites entreprises familiales, quand on voit certains résultats...

Un véhicule débrouillardisé

Un autre !

Alors, les cambodgiens font ce qu'ils peuvent. Gratter un dollar ici et là, s'improviser déménageur pour une journée, conducteur de moto-taxi l'autre, guide touristique une autre fois, ce sont les règles de survie au Cambodge (et d'ailleurs dans beaucoup de pays du Tiers-Monde) pour les moins avantagés.

A Phnom Penh, par exemple, il n'y a pas de système de transport urbain. Non, voilà en effet une capitale qui n'a pas de bus. C'est là une opportunité pour devenir chauffeur de moto-taxi ou de touk-touk.. De ce fait, il y en a plusieurs à chaque coin de rue. Il est même impossible de faire vingt mètres sans se faire proposer ce service au moins une demi-douzaine de fois.

La concurrence est donc rude.

En haut de l'échelle
Puis, il y a les privilégiés du système.

Comment se peut-il que dans un pays aussi chaotique, il soit possible de voir parader autant de SUV et de voitures de luxes ? Que ce soit les politiciens locaux, les expatriés aux salaires mirobolants ou les profiteurs de première catégorie, il y a un fossé qui sépare deux classes distinctes de la population : « les avantagés et les autres ».

Ne le cachons pas plus, le Cambodge est un pays très corrompu. Les individus les moins scrupuleux sont souvent plus à l'aise dans les pays instables, où il est plus facile de passer entre les mailles du filet à coups de billets verts.

Les personnes en bas de l'échelle, eux, subissent.

 

L'autostop au Cambodge

L'autostop au Cambodge n'est pas aussi facile que chez son voisin thaïlandais. Plusieurs raisons permettent d'en comprendre la cause.

Le manque de véhicules
Tout d'abord, très peu de personnes possèdent un véhicule. Seul quelques avantagés (comme expliqué auparavant), provenant généralement de la capitale Phnom Penh, peuvent se permettre ce luxe. D'ailleurs, il est étonnant de voir que lorsqu'un cambodgien a la possibilité d'avoir sa propre voiture, il optera très souvent pour un véhicule de type SUV, notamment de marque « Lexus ».

Comme il y a beaucoup plus de personnes qui sont matériellement démunies, il y a peu de trafic de véhicules privés sur la route. Le trafic se résume aux autobus, touk-touks, moto-taxis, camions et donc quelques SUV.

Un concept qui fait peur
Comme la différence entre les riches et les pauvres est tellement grande, le niveau d'entraide est très limité. Arrêter un SUV au Cambodge n'est pas une entreprise facile pour un piéton. J'ai senti que les conducteurs étaient souvent inquiets pour leur sécurité, comme si leurs possessions matérielles leurs faisaient courir un danger, comme si cela était une provocation constante au nez des plus démunis.

Comment faire dans ce cas ?
Il y a toujours une solution. J'ai beaucoup voyagé avec les camions au Cambodge. Ceux-ci s'arrêtent relativement facilement et sont en général très content de pouvoir partager un moment avec un voyageur de passage.

Un conducteur de camion m'ayant pris en stop au Cambodge

Comme souvent, les gens du peuple sont plutôt réceptif à ce genre de requête. L'avantage est qu'il est donc possible de monter dans de nombreux types de véhicules-prototypes-hybrides.

Un des nombreux véhicules-prototypes-hybrides et son conducteur

Un de ceux qui m'a permis de traverser le Cambodge

 

J'ai beaucoup aimé voyager au Cambodge. C'est un pays où l'on peut ressentir le goût de la vie. Peut-être parce que les extrêmes s'y côtoient,. Peut être parce qu'il nous rappelle qui nous sommes et de quoi nous pouvons être capables.

Les cambodgiens m'ont rappelé que les choses simples de la vie se doivent d'être appréciées, parce que parfois il ne nous reste que cela. J'ai aimé échanger avec les Khmers.

J'ai aussi été agacé par le fossé séparant les privilégiés des autres. Même après de grands drames, il y a certaines personnes qui recommencent le même cycle, reprennent la même dynamique qui crée ces catastrophes.

Le Cambodge m'a aidé à comprendre un peu mieux l'Homme dans toutes ses largeurs, de ses bassesses à son humanité. Comme je le disais, ce passage au Cambodge ne m'a pas laissé indifférent.

A très bientôt,

Jérémy



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