Accueil | Préparatifs | Présentation | Tour du monde | Interview | Coin des écoles | Sponsoring |
Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

Partenaire







 Carnet de Bord : Impressions d'un barbare en Chine

La Chine, monstre de taille, monstre de puissance, je l'ai naturellement découverte depuis l'habitacle des véhicules de mes conducteurs.

C'est sans doute l'une des rares fois où je me suis senti aussi étranger... A l'étranger. Preuve, sans doute, que je fus en immersion totale dans la culture, mais également preuve du peu d'influence que subit la Chine de la part de ses voisins. L'inverse, par contre, n'est pas totalement vrai. La Chine, je l'ai déjà découverte sur les routes éthiopiennes, dans le centre de San Francisco, à Vancouver, ou même chez moi en France.

La Chine est partout, la Chine s'exporte, les chinois émigrent aux quatre coins du monde, mais ne se mélangent pas forcément. Aujourd'hui, il était temps de voir d'où ces chinois viennent, de découvrir leur culture et de les comprendre un peu mieux... Pour comprendre le monde actuel.

Mon itinéraire en Chine

Je vous propose une description de ce pays en deux parties, de mes premières impressions jusqu'à mes réflexions. Malheureusement, je ne vais pouvoir publier ces articles qu'une fois en dehors du pays, car mon site est censuré dans l'Empire du milieu.

Hmm, bref, Welcome to China. Pardon, « Wlecom to China » comme on dit ici

 

Le réveil des sens

Jacquouille en Chine
Mes toutes premières impressions en Chine ont été plutôt surréalistes. Ce qui m'a le plus frappé, c'est la liberté que prennent les chinois pour affirmer leur présence, de manière parfois moyenâgeuse.

C'est avec des yeux grands ouverts de surprise et d'étonnement que je les voyais, hommes et femmes, racler leurs gorges jusqu'à la trachée, avant d'expédier leurs mucosités un peu partout. Dans la rue, devant les magasins, dans les magasins, dans les restaurants, sur mon pantalon...

Encore plus grande fût la surprise lorsque vint le temps pour moi d'explorer les toilettes publiques. En Chine, la défécation est une activité publique et presque sociale. J'ai très vite compris pourquoi les toilettes chinoises était souvent dans un état de saleté très avancée. Les locaux laissent généralement la porte ouverte pour crotter en public. Pour conclure de belle manière, ils aiment abandonner le fruit de leurs intestins à la vue de tous en ne tirant pas la chasse d'eau.

Des toilettes chinoises à Pékin (tout en restant loin du pire)

Les bébés, eux, n'ont pas besoin d'explorer ces cavernes nommées « WC ». Les mamans ont fait une ingénieuse trouvaille. Elles découpent le pantalon de leurs bambins au niveau de la raie des fesses. Ainsi, en cas de petite (voire grosse) commission, pas besoin de couche. La maman prend son enfant dans les bras, le recroqueville, et le petit fait ses besoins à travers l'ouverture du pantalon. Ingénieux, non ?

Autant à Paris, on doit se méfier des crottes de chiens sur les trottoirs. Autant en Chine, gare à l'urine de bébé, voire autre chose...

Oui, à première vue les chinois peuvent paraître un peu « brut de décoffrage ». Ils sont bruyants, ils parlent fort, ils aspirent leurs nouilles comme s'il fallait montrer leurs appréciations sur une échelle de décibels. Ils n'ont pas forcément de conscience environnementale, du pauvre paysan tirant son buffle dans le fin fond du Guizhou jusqu'au PDG d'usine de charbon en Mongolie Intérieure.

La poubelle, c'est par terre, comme ici dans l'accueil d'un lieu touristique dans la province du Guizhou

Franchement, après quelques jours, je me demandais dans quelle zone inter-temporelle j'avais atterri, et pourquoi tant de voyageurs ne jurent que par la Chine.

Un peu de délicatesse
Et puis un matin, je me suis levé plus tôt que prévu. Dans les rues, sur les places publiques, j'ai pu assister à un gracieux ballet. La Chine que j'aime était déjà debout. Elle faisait sa gymnastique. En groupe et en rythme, ces chinois, souvent à l'âge de la retraite, effectuaient des exercices pour réveiller leur corps et débuter la journée sur un bon pied. Ils faisaient du Tai Chi, jouaient au badminton, au ping pong,ou encore pratiquaient les arts martiaux.

Sur une place publique de Guilin, un groupe de chinois pratique le Tai Chi

Près des fortifications de Xi'an, on se réveille en jouant au ping pong

Cette fois-ci, je fus interpellé par tant de grâce. La souplesse dans les mouvements de ces chinois matinaux avaient quelque chose de poétique. Quel contraste avec la rudesse de leurs crachats ! Comment est-il possible qu'une seule et même personne puisse alterner aussi naturellement lourdeur et légèreté ? En y repensant, ce n'est après tout qu'une nouvelle interprétation de la complexité de l'être humain.

Mais aussi, ma vision des mœurs chinoises est sans doute complètement biaisée par mon manque de connaissance de cette culture.

Le goût et les odeurs
La cuisine chinoise est une délicatesse reconnue. Il est possible de trouver des restaurants chinois aux quatre coins du monde. Toutefois, sa réinterprétation hors des cuisines de l'Empire du Milieu n'est pas toujours conforme à la réalité. L'idée des « rouleaux de printemps » sauce sésame que je m'étais faite avant d'entrer en Chine était bien loin de ce que j'ai découvert une fois dans le pays. C'est comme si on résumait la cuisine française à un « steack-frites ».

La Chine est un pays gigantesque et il existe des spécialités pour chaque province, et même pour chaque ville.

Quelques plats du Yunnan à Kunming

D'autres spécialités du Guizhou à Guiyang

Bien qu'il y ait de nombreuses spécialités, il y a également des thèmes récurrents. La soupe de nouilles, par exemple, en est un. La « fondue chinoise», également, revient partout en Chine. Comme dans beaucoup de pays, le repas est un moyen d'établir un échange social. La fondue chinoise, par sa fonctionnalité, permet de lier des contacts plus facilement car vous partagez la marmite centrale avec vos convives. Au milieu de la table, il y a donc cette marmite qui est remplie d'un bouillon parfumé avec différentes épices. Le concept est d'y bouillir les ingrédients disponibles sur la table.

Une fondue chinoise à Yinchuan

Beaucoup de tables chinoises utilisent le concept ingénieux de la table ronde à plateau tournant. Celui-ci permet de faire passer les plats plus facilement aux personnes autour de la table.

Une table chinoise à Canton

Puis, il y a la cuisine de rue. Pour des raisons d'hygiène, il n'est presque plus possible d'accéder à ces petits bonheurs culinaires sur les trottoirs des pays dits « développés » aujourd'hui. Outre la sensation d'interaction directe avec la nourriture, il y a aussi l'aspect social que j'aime lorsque j'erre entre les étals des vendeurs de rue.

En Chine, les vendeurs sont là et ils proposent des mets et des en-cas aux saveurs qui me furent souvent inconnues.

A Daqikong dans le Guizhou, un cuisinier allie saucisses et pommes de terre

Un homme fait chauffer les baozis dans une rue de Xian

Des biscuits conçus spécialement à Quzhou

Plus exotique, des scorpions servis à Pékin. Le goût ressemble un peu à celui des sauterelles grillées, si cela vous évoque quelque chose...

Une médecine appétissante
Dans un pays m'offrant continuellement des surprises à tous les niveaux, mon esprit était ouvert à la découverte. C'est ainsi qu'un jour dans les rues de Canton, je me demandais si les étals en face de moi proposaient des mets exotiques, comme ces fameux scorpions de Pékin.

Hippocampes, pattes de cerfs, serpents séchés... Je m'interrogeais sur la technique de cuisson que je pourrais utiliser si l'envie me venait d'acquérir quelques-uns de ces biens.

Hippocampes, pattes de cerfs, serpents séchés

J'étais en fait dans le secteur de la médecine traditionnelle chinoise. Un univers totalement nouveau pour moi. Quoique... Certains guérisseurs africains semblaient utiliser des techniques similaires. Y aurait-il eu des interactions entre ces différentes civilisations dans le passé ?

A tous les niveaux, la culture chinoise me fut très étrangère. Les incompréhensions furent multiples et, voyageant seul et sans connaissance de la langue chinoise, celles-ci n'aboutirent pas systématiquement à une explication.

La langue chinoise
Les chinois parlent majoritairement le mandarin. Cette langue est écrite en sinogrammes. Il existe aux alentours de 56 000 caractères. Comparé aux 26 lettres de l'alphabet romain, cela s'annonçait plutôt compliqué.

Un panneau écrit en mandarin, près de Guilin

Heureusement, le mandarin s'écrit parfois en alphabet romain. Cela s'appelle le pinyin. Mais ce réconfort fût de courte durée. Prononcer le mandarin, qu'il soit écrit en sinogramme ou en pinyin, est une affaire qui demande du temps et de la pratique. Comme le thaïlandais ou le vietnamien, le chinois est une langue à tonalités. Il y a cinq tonalités pour la mandarin (et même sept pour le cantonais, parlé à Hong Kong et Canton). Communiquer fût dont un réel problème en Chine.

 

Faire de l'autostop en Chine

Une bonne communication est quelque chose d'essentiel dans l'autostop. Comme vous l'avez lu, la barrière de la langue a été très présente pour moi en Chine. Alors comment ai-je pu voyager 10,500 kilomètres en stop dans ce pays ?

Il m'a fallu identifier les problèmes et y apporter des solutions.

Le concept d'autostop n'existe pas
A première vue, c'est un sacré problème.

J'ai donc du expliquer le concept à chaque conducteur. Comme dans les précédents pays d'Asie que j'ai traversé, j'ai fait réaliser une lettre expliquant mon projet.

La lettre de mon projet en mandarin

Au cours de mes interactions avec les conducteurs, je me suis rendu compte qu'un mot de cette lettre était très important. Il devait signifier un concept équivalent à « invitation ».

Comment arrêter les véhicules
Lettre en main, il me fallait ensuite arrêter les véhicules. J'ai ainsi souvent marché le long des routes, tout en tentant d'attirer l'attention des conducteurs. La technique qui s'est avéré pour moi la meilleure était de montrer un bout de papier indiquant ma destination désirée tout en agitant mon autre main de haut en bas.

En situation d'autostop à Quzhou, avec un papier indiquant Shanghai

Je n'ai jamais favorisé l'utilisation de panneau indiquant ma destination depuis le début du voyage, mais l'incompréhension était telle en Chine que cela s'avéra nécessaire.

Une fois le véhicule arrêté
Si un véhicule s'arrête, la partie est encore loin d'être gagnée. De nouvelles difficultés apparaissent :

-L'argent
L'argent est sûrement la chose la plus importante pour un chinois. N'importe quelle opportunité peut devenir un moyen de s'enrichir de quelques yuans. Avancer quelqu'un de quelques kilomètres en est un.

Il m'a donc fallu exprimer très clairement mon projet avant d'entrer dans les véhicules.

Etrangement, la Chine, fût le pays où je me vis le plus demander de l'argent. Environ la moitié des véhicules qui s'arrêtèrent refusèrent de me prendre gratuitement, même si ils allaient dans la même direction, et me laissèrent donc au bord de la route.

-La destination
Lorsque je parvenais à obtenir un lift dans un véhicule chinois, il me fallait organiser au plus vite mon point de chute. Si mon conducteur se rendait à une ville localisée avant ma destination désirée, il me fallait faire comprendre à mon interlocuteur à quel endroit je désirais m'arrêter. Le système routier chinois est aujourd'hui très complexe, avec des autoroutes allant dans toutes les directions. J'ai trouvé utile d'acquérir un atlas routier du pays écrit en sinogrammes. Celui-ci m'a été d'une immense aide.

Le réseau routier est complexe en Chine

De plus, il fût très difficile de convaincre un conducteur de me laisser au bord de la route, au milieu de nulle part. Beaucoup voulaient me déposer à une station de bus ou de train, et il m'a fallu anticiper ce fait à de nombreuses reprises.

La sécurité routière
Bien que les routes chinoises soient excellentes, j'ai eu l'impression de voir dans ce pays plus d'accidents qu'ailleurs dans le monde. Marcher le long des routes m'a parfois fait très peur, mais m'a également permis de voir des comportements au volant absolument hallucinants. J'ai par exemple régulièrement vu des chinois rouler en marche arrière sur l'autoroute car ils avaient manqué la sortie.

Un des nombreux accidents vus en Chine

L'hospitalité
Malgré toutes ces difficultés, l'autostop fût bel et bien possible en Chine. Comme le concept d'autostop n'existe pas, la difficulté était de créer une situation pour que le chinois me voit plus comme un ami potentiel plutôt qu'un client. A partir de ce moment-là, je découvris l'hospitalité chinoise.

Et comme dans chaque pays, je fis des rencontres fabuleuses...

Quand un chinois considère quelqu'un comme un invité, il fait preuve d'une hospitalité assez incroyable, se donnant pour mission de montrer et d'expliquer au maximum sa culture. Comme vous commencez à le comprendre, la culture chinoise est assez vaste. La découvrir à partir du point de vue des locaux fût donc un plaisir.
 

Un grand et beau pays

Voyager en autostop en Chine m'a également permis de découvrir des paysages . La Chine est un pays tellement immense que l'on peut y trouver des zones climatiques très variées. Chaud et humide dans le sud-est, froid et sec dans le nord. Un voyage dans le Xishuangbanna et en Mandchourie seront à priori plutôt différents à ce niveau.

Chaud et humide, dans le sud de la province de Guizhou

Froid et sec dans la province du Qinghai

La Chine possède tous les types de paysages possibles. Des plaines plates, des déserts avec des chameaux, des montagnes de plus de 8000 mètres, des forêts tropicales, des plages de sable blanc, des lacs gelés...

Des pitons calcaires à Yangshuo

Des montagnes et le désert dans le Xinjiang


 

La découverte sensorielle de la Chine fût aussi passionnante que prévue. Les paysages, les odeurs, les saveurs... Tout était nouveau.

Cela fût également difficile, car la Chine est un pays qui tout d'abord surprend. Il m'a fallu un long temps d'adaptation car je n'avais aucun repère.

Après ce premier temps de voyage en Chine, j'ai voulu comprendre le pays un peu plus en profondeur.

Pourquoi la communication était beaucoup plus difficile ici qu'ailleurs ? D'où vient la culture chinoise ? Quel est son passé ? Dans quelle direction la Chine va t'elle aujourd'hui ?

Je vous donne rendez-vous pour la deuxième partie de cet article sur l'Empire du milieu dans: « Réflexions d'un barbare en Chine ».

A très bientôt,

Jérémy



Retour au Sommaire

Copyright 2009 - Tous droits réservés - Tour du monde en autostop - Une réalisation ACS Informatique - Creation site internet