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Tour du monde en autostop - Jeremy Marie

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 Carnet de Bord : Les « Stans » d'Asie centrale

Assez méconnue dans le reste du monde, cette région de pays en « Stan » est issue de la fracture de l'ex URSS. Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Turkménistan. Ces cinq pays ont une histoire assez similaire, mais possèdent quelques nuances sur certains points. L'Asie centrale est située sur un carrefour de civilisations, entre l'Europe, le Moyen Orient, la Russie et la Chine.

Un carrefour, mais aussi une zone de passage. Cette région de montagnes et de déserts est en effet située sur la route de la soie. Il y a donc des influences culturelles multiples, ce qui rend le voyage et les rencontres intéressantes

Terre de commerce, terre d'échanges mais aussi terre de conflits, l'Asie Centrale a beaucoup à offrir, même si y accéder et y évoluer n'est pas toujours de tout repos. Voici donc un extrait d'Asie centrale, une région qui m'était totalement inconnue avant de m'y aventurer.
 

Une mosaïque de groupes ethniques

Un pays pour un peuple, c'est un peu l'idée qui m'est apparue lorsque je suis rentré en Asie centrale. Les kazakhs au Kazakhstan, les kirghizes au Kirghizstan, les turkmènes au Turkménistan... Les frontières que l'on trace sur une carte ne m'auront jamais aussi paru qu'un concept de groupes ethniques.

Un groupe d'hommes kirghizes, près d'Osh, au Kirghizstan

-Influence turque
En y regardant de plus près, ces groupes ethniques appartiennent plus ou moins à la même famille. Les kazakhs, les kirghizes, les ouzbeks et les turkmènes ont des racines turques. Comme les ouighours, que j'avais rencontré à l'ouest de la Chine, toute cette grande famille ethnique a des influences du côté du plateau anatolien. Le langage, la musique, le faciès. Il y a une forte ressemblance avec la culture et le peuple turc.

Adil, un ouzbek rencontré à Asaka dans la vallée de Ferghana

Bien évidemment, chaque ethnie possède tout de même une touche de diversité, lui apportant quelque chose d'unique.

En Ouzbékistan, par exemple, j'ai vu beaucoup d'hommes porter un long manteau traditionnel.

Un jeune ouzbek vêtu d'un long manteau traditionnel

Dans ce même pays, bien que la chose soit aussi vraie chez les voisins, les hommes comme les femmes affichent un sourire doré. La mode locale est aux dents en or. Un autre signe de coquetterie chez la femme est de se dessiner une connexion des deux sourcils sur la base du nez.

-Influence perse
Une autre grande famille ethnique habite dans cette région. Les tadjiks, et aussi les afghans, sont plus proches de la culture perse. Un tadjik n'aura donc aucune difficulté à converser avec un iranien.

Jahovir et sa famille, à Khujand au Tadjikistan

-Influence slave
Les pays d'Asie centrale appartenaient jusqu'en 1991 à l'Union République Socialiste Soviétique. Dès la traversée de la frontière de la Chine vers le Kazakhstan, je commençais à entendre parler de l'Ukraine, de la Lettonie et d'autres pays de l'ex-URSS. Je vécu cela comme un immense bond en avant géographique, en passant mentalement de la Chine à l'Europe de l'est.

Pour matérialiser cette pensée, l'alphabet devint cyrillique au Kazakhstan. Le russe étant toujours pratiqué comme un second langage dans toute cette région.

Le retour de l'alphabet cyrillique, dès le Kazakhstan

Plusieurs signes de l'appartenance à l'ex-URSS sont visibles, et notamment dans les villes. Certaines visions me rappelaient au souvenir des pays de l'Europe de l'est, comme ces blocs de béton d'influence typiquement communiste à Bishkek au Kirghizstan.

Des blocs de béton d'architecture communiste à Bishkek au Kirghizstan

La religion, également, s'invita du côté du voisin russe. Bien que majoritairement musulman, il est possible de voir des églises chrétiennes orthodoxes en Asie centrale, notamment au Kazakhstan.

La cathédrale chrétienne orthodoxe Zenkov à Almaty au Kazakhstan

L'organisation de la société fût également modifiée lors de la présence de l'Empire soviétique. Le communisme a modelé ces pays jusqu'à la scission de l'URSS.

Lénine, immortalisé en statue à Bishkek


 

Terrains dictatoriaux

Nursultan Nazarbaev au Kazakhstan, Islam Karimov en Ouzbékistan, Saparmyrat Nyazov au Turkménistan (jusqu'en 2006), Emomali Rakhmon au Tadjikistan. Vous n'avez peut-être jamais entendu parler d'eux, mais ce sont les « présidents » de ces pays d'Asie Centrale depuis la fracture de l'ex URSS .

Nursultan Nazarbaev, ici en poster à Almaty

Avec un degré de mégalomanie différent (la palme aurait sans doute pu revenir au dictateur turkmène Nyazov), aucun d'entre eux n'a su redonner le pouvoir au terme de son mandat.

La corruption est très importante en Asie centrale et j'ai pu entendre d'innombrables récits relatant les méfaits des personnes au pouvoir dans ces pays.

Au Tadjikistan, une assistante dans un jardin d'enfants me disait toucher 30 dollars par mois de salaire. La politique du dictateur Rakhmon a complètement dévasté l'économie du pays. Il est presque impossible de survivre dans les conditions actuelles. Voilà pourquoi environ la moitié de la main d'oeuvre tadjik est partie travailler en Russie !

Un portrait d'Emomali Rakhmon, près de Khujand au Tadjikistan

Pour rester au pouvoir aussi longtemps, ces dictateurs ont presque tous créé des états-policiers. L'Ouzbékistan est un véritable cauchemar à ce niveau-là. Chaque jour, je me faisais contrôler au moins trois fois. Au moins cinq officiers à chaque station de métro, une douzaine de barrages entre chaque ville du pays... Un véritable exercice de patience !

Lorsque l'on allie forte présence policière et corruption, le résultat est logiquement loin d'être inattendu :

«A Bishkek au Kirghizstan, le soir de mon arrivée dans le pays, deux policiers viennent me contrôler. Je leur donne mon passeport, n'ayant pas encore de photocopie de celui-ci.

Comme je n'ai encore aucun hôtel à ce moment, ils me demandent de les suivre jusqu'au poste de police pour réaliser une investigation un peu plus poussée.

Ils m'emmènent à travers un parc et m'orientent vers une zone non-éclairée de celui-ci, entre deux véhicules garés à cet endroit. A ce moment, ils me demandent d'ouvrir mon sac pour le fouiller.

Me remémorant l'expérience vénézuelienne, mon cœur commence à battre un peu plus fort. Je demande, puis j'insiste pour aller effectuer cette fouille au poste de police. Ils ont toujours mon passeport, et me bloquent le passage, je ne peux donc pas m'enfuir. Alors, je fais comme si j'obtempérais et commence à ouvrir mon sac. Je leurs sors mon dossier de voyage, où se trouve les articles de journaux relatant mon aventure, et le dépose, fermé, dans leurs mains.

Par chance, ils l'ouvrent et leur curiosité se dirige vers mon voyage. Par ce biais, j'arrive à gagner leur sympathie et ils me laissent repartir, en me redonnant mon passeport.
Sans cette pirouette, je ne sais ce que je serais devenu, mais une chose est sûre, leurs intentions étaient loin d'être nobles... »

L'omniprésence policière en Asie centrale, comme ici à Bishkek


 

L'autostop en Asie Centrale

L'autostop en Asie centrale varie du moyennement facile au difficile.

La difficulté majeure provient du fait que tous les véhicules peuvent se proclamer « taxi » si l'envie leur vient. Cela est culturel et ressemble à du covoiturage organisé. Il est ainsi très facile d'arrêter un véhicule au bord de la route, ou même aussi en plein centre-ville. Le problème est que le conducteur officiera en tant que « taxi », bien loin donc d'une situation d'autostop.

En situation d'autostop à la sortie d'Almaty au Kazakhstan

L'Ouzbékistan fût par exemple un pays difficile à traverser en stop. Trouver un conducteur qui n'était pas un taxi revenait à chercher l'introuvable.

En effet, l'Ouzbékistan a une économie extrêmement fermée. Importer un véhicule de l'étranger est très lourdement taxé. En conséquence, les ouzbeks choisissent de consommer local. Local signifie qu'ils vont acheter « Chevrolet » car il n'y a qu'une seule marque de voiture produite en Ouzbékistan.

En Ouzbékistan, tout le monde (ou presque) conduit « Chevrolet »

Comme tout le monde roule avec la même voiture, je ne pouvais pas identifier les intentions du conducteur d'après son véhicule; une technique que j'ai beaucoup utilisé pendant ce voyage. Il m'a donc fallu arrêter chaque conducteur et regarder si les personnes se trouvant dans l'habitacle avaient l'air de se connaître.

L'autre technique revenait à arrêter les camions. Eux ne proposent généralement pas le service de taxi.

En compagnie de deux conducteurs de camion kirghize près de Osh

Techniquement, pour arrêter les véhicules, j'ai retrouvé le pouce au Kazakhstan et au Kirghizstan. Le terme d'« autostop » est connu, car il provient de la culture russe qui est plus présente dans ces pays là.

Dans les autres pays, je suis repassé au geste de main tendu, le pouce ayant apparemment une signification négative.

En Ouzbékistan et au Turkménistan, j'utilisais le mot « papouti », tandis qu'au Tadjikistan, le mot « besplotno » fonctionnait mieux.

Une crevaison de mes conducteurs en Ouzbékistan, vers la capitale Tashkent

Comme partout, l'autostop fût possible, mais les trajets furent tout de même difficiles à réaliser. D'autant plus que les routes étaient souvent en mauvais état, et passaient également par des reliefs difficiles à parcourir, surtout en hiver.
 

Montagnes et déserts

Les paysages dans cette région d'Asie sont très variés. Comme une extension de la chaîne himalayenne, le Kirghizstan et le Tadjikistan sont essentiellement constitués de montagnes, dont certains sommets dépassent les 7000 mètres d'altitude.

Le Kirghizstan est presque essentiellement montagneux

Il en est de même au Tadjikistan

Les hivers peuvent être rudes. J'ai battu mon record de froid de ce tour du monde à Almaty au Kazakhstan, où la température est descendue jusqu'à -29°C. Comme je ne suis pas équipé pour ce climat, le simple fait de sortir dans la rue fût une expérience assez violente.

Les hivers peuvent être rudes en Asie Centrale

A l'ouest de ces montagnes, soit vers l'Ouzbékistan, le Turkménistan et l'intérieur du Kazakhstan, nous retrouvons des plaines, des steppes et le désert. Le Turkménistan, notamment, n'est en réalité qu'un immense désert.

Le Turkménistan est un immense désert


 

Au Bazaaristan

Ces montagnes, ces déserts, ces dictatures... J'en oublierais presque que je me trouve sur la route de la soie. Ce haut-lieu de commerce et d'échanges, abandonné vers le XVème siècle, a laissé des traces jusqu'à aujourd'hui.

Les bazaars
La culture de l'échange et du commerce peut être ressentie dans les nombreux bazars d'Asie centrale, comme ici au bazar d'Osh à Bishkek

J'ai toujours trouvé que les marchés, ou comme ici les bazars qui en sont l'équivalent, étaient des lieux populaires où il était possible de ressentir plus fortement la vie locale. Je me suis donc plu à goûter les spécialités culinaires d'Asie centrale dans ces endroits.

Le fameux Plov ouzbek à Tashkent

Ou le shashlyk, ces brochettes de kebab que l'on retrouve partout en Ouzbékistan

Si ce n'est de la nourriture, ce sont des tapis que l'on peut trouver, comme ici à Boukhara

Les joyaux d'Asie centrale
Si l'Asie centrale ne vous évoque rien de familial, peut-être que les noms de ses villes les plus connues vous rappelleront quelques vagues souvenirs. Samarcande et Boukhara sont considérés comme les joyaux d'Asie centrale, tant elles se démarquent par leurs atmosphères.

Pour terminer cet article, je vous propose quelques clichés des édifices qui m'ont le plus marqués dans ces villes.

La mosquée Bibi Khanum à Samarcande

Le Shah-i-Zinda à Samarcande

Le minaret Kalon à Boukhara

Et le fameux Registan à Samarcande


 

L'Asie centrale s'est révélé une région agréable à visiter, mais la corruption et les problèmes de visas ont quelque peu entaché ma visite de cette partie du globe.

Ethnologiquement, c'est une région très intéressante, car située sur un carrefour de civilisations. J'y ai retrouvé des traits de culture turcs et perses, m'introduisant avec mon prochain passage en Iran et en Turquie.

Je suis aujourd'hui en Iran, un pays extrêmement hospitalier. Je vous donne rendez-vous pour un prochain article sur ce foyer de culture perse, qui sera le dernier pays que je visiterai lors de ce tour du monde. En effet, à partir de la Turquie, j'emprunterai une route que j'ai déjà voyagé lors du lancement de ce périple en 2007.

A très bientôt,

Jérémy



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